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Beaucoup déplore une campagne de la présidentielle 2017 qui ne serait pas intéressante. Ainsi l'article de V. Tremolet de Villers débute par le "spectacle désolant" de cette campagne avant de qualifier son invité [A. Finkielkraut] de "meilleur représentant du véritable parti majoritaire, celui de l'inquiétude". Puis A. Finkielkraut s'inquiète d'une "ambiance lourdement prescriptive" pesant sur l'élection. L'accroche initiale, qui a disparu après quelques heures de publication, était "Il ne s'agit plus, en votant, de choisir, mais d'obéir". Pourtant, le thème du barrage au FN et du vote utile font moins recette, car, d'une part, le FN entre dans la normalité (cf. par exemple le débat des 5 principaux candidats du 20/03/17), et d'autre part, parce que certains comme les LR ont droitisé leur programme. Vote utile ? Vote caché ? Vote docile d'obéissance ? N'en déplaise à A. Finkielkraut, le vote libre, réel, ordinaire existe aussi.

Des candidats aux profils diversifiés

N'en déplaise au journaliste auteur de cet interview, cette campagne est mieux qu'un spectacle désolant avec notamment ses quelques candidats inattendus qui ont décidé de se passer des primaires, peu de sortants, ou dont la campagne n'emprunte pas les médias habituels mais aussi les réseaux "sociaux". Des candidats qui ne sont pas tous issus de partis ou parfois antisystèmes provenant du système. Peu de femmes et peu d'individus du monde économique. Des candidats qui auraient accaparé le débat du fait de leur parti traditionnel d'alternance, doivent composer avec d'autres candidats du fait de sondages qui les mettent sur un pied d'égalité.

Des programmes différenciant sur beaucoup de sujets

On peut gloser sur la nécessité ou l'intérêt de proposer un programme lorsque l'on est candidat à la présidence de la république française, car, même sous la Ve République, un président ne décide pas de tout. Quand ces programmes existent ou finissent par exister, les projets proposés par l'un ou l'autre sont heureusement différents. Par exemple l'idée d'un revenu universel différencie les candidats. La santé et sa prise en charge est un autre sujet discriminant. Beaucoup de programmes des candidats partent du principe que la France va mal et qu'il convient de la réformer - on peut s'étonner avec Riss qu'il faille "autant dénigrer son pays pour espérer en obtenir la confiance"*. Pourtant, les positions de certains candidats sur la production d'électricité sont parfois très conservatrices, soit que tout n'aille pas aussi mal dans ce domaine, ou que le programme électro-nucléaire gaullien s'impose.

L'électricité nucléaire française et son avenir en fonction des candidats

L'avenir de la production d'énergie électrique en France, longtemps dicté par des technocrates assez sûrs eux-mêmes, diffère d'un candidat à l'autre. On trouvera les positions de 5 des 11 candidats, car, comme pour TF1, les six autres ne sont pas censés exister. La position des programmes sur le nucléaire est vu plus radicalement par M. Mélenchon. Comme cela a déjà été écrit, l'électricité nucléaire a un coût de maintien des centrales ou de leur fermeture. Des candidats de droite proposent que le savoir-faire français en nucléaire soit perpétué. Mais ce savoir existe-t-il encore à voir les difficultés à construire deux EPR ? Quel est l'avantage si le coût de revient de l'électricité ne semble plus en faveur d'une production nucléaire ? Des programmes veulent une rigueur de gestion (santé, fonction publique), mais ne semblent pas effrayés par des éléments convergents : Areva en faillite; EDF endettée qui n'achève pas ses EPR et qui signant Hinkley Point baisse immédiatement en bourse; Westinghouse en faillite; Tepco en survie. Et un MWh nucléaire de plus en plus onéreux ne change pas une classe politique française qui a eu peu d'idées en énergie depuis les années De Gaulle. Même EDF est capable de proposer de fermer une centrale nucléaire; avec indemnisations ! D'autres programmes proposent de sortir du nucléaire plus ou moins rapidement, éventuellement sans terminer les EPR pour les raisons identiques à celles exposées ci-dessus : éviter un risque technologique et un coût futur prohibitif de l'électricité. Le débat sur le savoir faire français en technologie nucléaire, son existence, son coût de revient et son intérêt industriel et économique demeure. Un savoir industriel déliquescent et dépassé doit-il être maintenu pour satisfaire un patriotisme coûteux ? Les démêlés de l'usine du Creusot et d'EDF avec l'Autorité de Sûreté Nucléaire prouvent que la république a des règles et que le programme des candidats peut aussi tenir compte d'une réalité industrielle du savoir faire nucléaire français et une réalité économique du MW et du MWh de l'électricité.

L'avenir de l'énergie est peut-être plus lié au marché de l'électricité qu'à un programme de candidat.

arnaud delebarre

3 avril 2017

* Riss, Charlie Hebdo du 8 mars 2017 : "Pourtant, en meeting, il [F. Fillon] continue de marteler qu'il faut des réformes profondes pour la France, que le pays est à bout de souffle, étouffé par la bureaucratie, écrasé par les taxes inhumaines, terrorisé par les syndicats. A écouter Fillon, on a l'impression qu'il vit en Albanie ou dans une ex-République soviétique. Pourquoi faut-il autant dénigrer son pays pour espérer en obtenir la confiance ? Fillon incarne l'épuisement d'un discours politique construit sur la destruction systématique de ce qui a été fait par tous les gouvernements depuis quarante ans. Il est de bonne guerre de critiquer les sortants. Mais à force de tout piétiner, on entretient un climat malsain de quasi-insurrection. Comme si un candidat n'avait aucune chance de gagner qu'en portant un projet de rupture et de terre brûlée."

Tag(s) : #Electeur, #Electricité, #Energie, #Nucléaire, #Société, #Présidentielle2017, #Renouvelable, #Eolien, #Solaire

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