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Y. Varoufakis écrit dans le Monde Diplomatique en août 2015 le récit des négociations auxquelles il a participé comme ministre des finances de la Grèce en titrant "leur seul objectif était de nous humilier". Ce 20 février 2017, la Grèce vient d'accepter un nouveau plan. M. Dijsselbloem, chef de l'Eurogroupe a déclaré que "les chefs de mission (représentant les créanciers de la Grèce, la zone euro et le FMI) vont travailler avec les autorités grecques sur un paquet supplémentaire de réformes structurelles du système fiscal, du système des retraites et de la régulation du marché du travail". Avec M. Schäuble et plus généralement la zone euro, la stratégie inefficace se poursuit avec la souffrance du peuple grec, la récession prolongée, et la négation de la détermination démocratique du peuple grec et des autorités qu'il porte à la tête de la Grèce.  Le FMI estime que les objectifs budgétaires fixés par les Européens sont trop ambitieux avec un excédent budgétaire primaire grec (sans paiement des intérêts de la dette) actuellement de 1,5% du produit intérieur brut (PIB) quand la zone euro voudrait 3,5%.

Réduire la dette de la Grèce ? L'alléger ? L'effacer ? La reprofiler ?

Les plus raisonnables, ou les moins irréalistes, savent que la dette grecque devra être réaménagée substantiellement, voire annulée pour partie. Si des créanciers ont accepté des pertes au début de la crise grecque, certains pensent que la dette devra encore être réduite, même si l'admettre est dangereux pour les prochains scrutins, en avouant que son pays ne sera pas remboursé intégralement par la Grèce. M. K. Regling, directeur du Mécanisme européen de stabilité (MES) doit donc alléger la charge de la dette en repoussant des remboursements et en baissant certains taux. Mais discrètement et sans avouer annuler de la dette. M. Cazeneuve souhaitait récemment "un «reprofilage de la dette grecque», tout en indiquant qu’il ne pouvait s’agir d’un effacement des créances." Il s'agit de trouver le vocable pour éviter d'avouer s'être trompé. Dans le cas de la France, à voir son endettement sur le graphe ci-dessus, la jouer discrète serait bienvenu.

Après le Portugal, l'Espagne, Chypre et l'Irlande, la Grèce soumise à l'Europe

Dans CulturesMonde du 24 février 2017, le sujet est évoqué avec notamment le rappel que trois autres pays ont affronté ce genre de plan austéritaire avant la Grèce : l'Irlande, le Portugal et Chypre (l'Espagne est un cas particulier d'intervention de la troïka pour le seul secteur bancaire). Avec des succès et des souffrances divers, mais sans sortir de l'Europe. A. Tsipras le 8 juillet 2015 déclarait au parlement européen : "Mon pays, ces cinq dernières années, est devenu un champ d'expérimentation de l'austérité". Le Premier ministre grec a rétorqué au président allemand du Parti populaire européen qui l'humiliait publiquement : "je voudrais vous rappeler que le moment le plus fort de solidarité de l'histoire européenne récente s'est déroulé en 1953, lorsque votre pays était surendetté" (accords de Londres qui ont permis à l'Allemagne de voir sa dette allégée de 60%). L'humiliation de la Grèce par l'Europe rappelle les humiliations infligées aux pauvres par les administrations françaises : la France ne veut pas de pauvres libres, ni l'Europe d'une Grèce libre. Vive la soumission.

 

arnaud delebarre

12 mars 2017

Tag(s) : #Dette, #Dijsselbloem, #Eurogroupe, #Europe, #FMI, #Grèce, #Humiliation, #Pauvres, #Schauble, #Soumission

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