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L'INSEE a publié dans sa note n°1586 de mars 2016 un bilan de l'emploi dans la fonction publique à fin décembre 2014. La fonction publique employait alors 5 600 000 de salariés : 2 480 000 dans la fonction publique d'état, 1 950 000 dans la fonction publique territoriale, 1 170 000 dans la fonction publique hospitalière. Les programmes des candidats à la présidence de la droite retiennent la suppression de 200 000 à 500 000 postes de fonctionnaires pour (tenter de) générer des économies en utilisant les départs en retraite non remplacés. Les chiffrages de ces mesures varient d'une proposition à l'autre pour des raisons parfois peu explicites comme le constate Le Monde dans son article : 100 milliards d'économies : où les candidats de la droite veulent-ils couper ? Dans ce contexte, certains veulent aussi remettre en cause le statut du fonctionnaire ou le temps de travail de certains salariés de la fonction publique.

Absentéisme versus statut

Le fonctionnaire est souvent supposé ne pas être ardent ou assidu à la tâche. En Italie, par exemple, M. Renzi fait campagne contre ceux qui pointent au bureau pour s'éclipser juste après. En France, il existe le concept de présence au bureau par la veste sur le dossier de la chaise et des lunettes posées sur le bureau pour faire accroire à la présence du propriétaire. Par ailleurs, l'idée est répandue que le fonctionnaire est plus absent pour raisons de santé qu'un salarié du privé, quand l'INSEE a montré que "la proportion de salariés absents est de 3,9 % parmi les titulaires de la fonction publique, 3,7 % parmi les salariés disposant d’un CDI depuis plus d’un an". Dans ce contexte de défiance, vouloir revendiquer ou organiser le télétravail pour la fonction publique et ses agents relève de la gageure.

Le télétravail du fonctionnaire vu par la législation

Le 25 octobre, une émission intitulée "A qui profite la fin du bureau" débattait de nouvelles façons de travailler qui induisaient de nouvelles organisations et espaces du travail (dont le télétravail) et des apports tant pour l'employeur que pour l'employé. Le télétravail peut lui aussi améliorer le bien-être au travail, l'efficacité du travail et contribuer à l'environnement (cf. Lutter contre la pollution en cessant d'aller travail).  Cependant, le décret n° 2016-151 du 11 février 2016 relatif à la mise en oeuvre du télétravail dans la fonction publique propose un développement bien timide par rapport aux pratiques ici ou là et au travail en co-working dans des lieux dédiés. Le décret prévoit en effet une possibilité de 3 jours maximum par semaine avec des plages horaires idoines, pour une durée d'un an maximum, certes renouvelable, et de chez soi. Est-ce à dire que le télétravail est vu comme une situation provisoire répondant à un besoin non pérenne ? Où est "chez soi" si l'employé a plusieurs résidences ou plusieurs lieux potentiels de télétravail ? L'arrêté du 22 juillet 2016 d'application de l'article 7 du décret du 11 février précise, pour les ministères économiques et financiers, les modalités de contrôle du poste de travail au domicile, de non-prise en charge des frais de connexion, une assurance attestée permettant cette activité... Il y aurait pourtant intérêt à évaluer l'impact environnemental, le coût de l'immobilier et des utilités, et le bien-être de ce type de mesures, pour peu qu'elles ne soient pas conçues comme une réponse à un besoin momentané.

 

Bref, le télétravail du fonctionnaire s'entend timidement et limitativement par travail à domicile. Sa législation ne semble pas avoir été conçue pour qu'il prenne de l'ampleur, même si la simple possibilité du télétravail montre que la quantité de travail du fonctionnaire pourrait ne plus être mesurée par le temps passé au bureau, par une veste, des lunettes ou par leur propriétaire lui-même.

arnaud delebarre

24 novembre 2016

Tag(s) : #Bonheur, Environnement, Fonctionnaire, Qualité de vie au travail, Télétravail, Temps, Travail,

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