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Rationalité des coûts et actes de foi dans l'industrie de l'électricité

A l'occasion des soupçons de falsification des contrôles de fabrication, P. Emond d'Areva se répand dans les médias pour affirmer l'excellence (sic) des compétences d'Areva, quand les coût et délais des chantiers des EPR et sa quasi-faillite démontrent le contraire. Le PDG d'Areva ne craint pas non plus la contradiction en déclarant que le nucléaire est une technologie mature en attendant que les énergies renouvelables soient prêtes, tout en ajoutant que le nucléaire a besoin de R&D pour être compétitif ! EDF a aussi des dirigeants dotés d'un ego qui se substitue à la détermination et à la réflexion remplacée par un credo nucléariste. Le PDG d'EDF proclame sans hésiter ni argumenter, que la filière nucléaire est la voie d'avenir, quand des parcs éoliens offshore sur les côtes françaises se font avec des investissements EDF via ses filiales. EDF n'aime guère que de l'électricité se produise sans elle ! D'ailleurs, A. Bréau rappelle que les dirigeants d'EDF ont été évalués sur leurs capacités à élargir ses métiers et à diversifier à l'international avec souvent des conséquences coûteuses pour l'entreprise.

Subventions et coûts dans l'industrie de l'électricité

Le libéralisme mâtiné de subventions aux énergies renouvelables saperaient les modes de production et les prix de l'électricité selon J.-F. Raux qui vise la politique européenne et particulièrement l'Allemagne. Il devrait pourtant savoir que les subventions existent aussi pour les énergies fossiles ou nucléaires, sans compter les externalités négatives exclues de leurs coûts. J.-F. Raux critique l'Allemagne, dont la production d'électricité «au charbon ou, pis, au lignite est restée constante entre 1990 et 2016», quand la production et la consommation d'électricité en Allemagne voient les parts du lignite, du charbon et du gaz diminuer depuis 2003. L'entso-e montre aussi que de 2010 à 2014 les parts des fossiles et du nucléaire ont baissé pour la zone géographique couverte. J.-F. Raux aurait pu ajouter que les micro-réseaux et les productions locales défavorisent les grandes unités centralisant la production, et que les coûts et les projections de coûts futurs de l'électricité ne favorisent pas le nucléaire. Ainsi le projet de Hinkley Point prévoit un MWh à 110 €/MWh, ce qui est loin d'être bon marché, tandis que des arguments de coût poussent à fermer des réacteurs (19) aux USA plutôt que de prolonger leur utilisation et que l'Afrique du Sud hésite sur son programme 9.6 GW en nucléaire qui semble trop onéreux pour ce pays.

L'Etat français improvise une "stratégie" de l'industrie de l'électricité

Too big to fail ? Areva et EDF sont-elles aussi «big» que cela pour être soutenues par un ministre de l'économie visiblement sans projet pour l'énergie, ni non plus venant de la ministre de l'environnement et de l'énergie elle-même. L'Etat français et son ministre E. Macron ont donc demandé à EDF de reprendre la filiale Areva NP, mais doivent maintenant soutenir EDF car cette entreprise, qui a tendance à se croire au-dessus des lois du marché et de la bonne gestion, veut investir au-delà du raisonnable à la fois dans des EPR anglais, la rénovation des centrales nucléaires françaises quand ce n'est pas les énergies renouvelables et les compteurs dits intelligents au travers de ses filiales. Le directeur financier d'EDF a démissionné après avoir proposé un échelonnement des investissements rejeté par sa direction. En France, pays pourtant laïque, le nucléaire relève de l'acte de foi : on y croit ou on n'y croit pas. Au lieu d'évaluer rationnellement des filières de production d'électricité et des mix énergétiques, on pleure la grandeur révolue de joyaux en difficulté de l'industrie française. N. Sarkozy vient ainsi de déclarer sa faveur pour le maintien du parc nucléaire français, avec l'argument du « there is no alternative » qu'il apprécie tant, déclaration approuvée par la plupart de ses concurrents à la primaire des LR pour 2017. Mais l'électricité nucléaire est-elle encore un savoir-faire industriel français et économiquement viable ? Mérite-t-elle cette dévotion ?

arnaud delebarre

7 mai 2016

Tag(s) : #Areva, #EDF, #Electricité, #EPR, #Management, #Nucléaire, #Sarkozy, #Stratégie, #TINA

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