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La France a-t-elle la MOOC attitude ?

France Stratégie analyse les Massive Open Online Couses, MOOC, dans son rapport MOOC, l'âge de maturité ? Modèles économiques et évolutions pédagogiques et dans sa note d'analyse brève*. A la différence de ce qu'on lisait ou entendait en France au début de l'engouement pour les MOOC (une dizaine existait en 2011, plus de 4 000 en 2015), l'analyse de France Stratégie est plutôt positive notamment sur la qualité de l'apprentissage par les MOOC, que ce soit par des MOOC secs ou des MOOC associés à d'autres enseignements (cf. SPOC).

Taux de complétion et diversité des motivations

Le rapport évite les arguments corporatistes militant pour le modèle Charlemagne, mais n'échappe pas à la mise en exergue du faible taux de complétion (rapport du nombre d’étudiants ayant suivi un cours jusqu’à son terme et le nombre d’étudiants inscrits dans ce cours) des MOOC. Le rapport nuance toutefois cette critique : les apprenants ne suivant pas entièrement un cours ne sont pas forcément dans une situation d’abandon ; dans certains cas, ils opèrent des choix d’apprentissage. Il y a les inscrits qui souhaitent terminer le cours et recevoir une certification (gratuite ou payante), mais il y a aussi des inscrits qui s’intéressent uniquement à des points spécifiques du cours.

Modèles économiques de plateformes ou modèles économiques d'établissements

France Stratégie fait une place significative aux modèles économiques. Il a été usuel de lire, d'écrire, d'entendre en France que les MOOC n'avaient pas de modèles économiques (notamment ici, sic). Cette affirmation a été reformulée ensuite de manière plus judicieuse en absence de rentabilité ou de viabilité, mais non démontrée avec CAPEX et OPEX à la clé. Dommage donc que France Stratégie concentre son analyse économique sur les plateformes, et non sur les établissements concepteurs et/ou utilisateurs de MOOC. On ne trouvera pas de comparaison entre coût d'une formation par cours magistraux+travaux dirigés/pratiques et d'une autre par MOOC ou panachée de MOOC, MOOC maison ou importés. Ainsi des universités utilisent des MOOC tout en se réservant la validation des compétences de leurs étudiants : c'est d'ailleurs un facteur incitatif aux MOOC "self paced", c'est-à-dire ouverts en permanence, plus souples que les MOOC ouverts à dates fixes. On trouvera peu sur les apports économiques des établissements qui voient des étudiants s'inscrire après avoir suivi et/ou validé des MOOC de l'établissement : soit à la suite d'un apprentissage préliminaire, soit parce que ce MOOC a séduit vers ses cursus "ordinaires" en présentiel. Non plus sur le gain d'efficacité par usage de MOOC qui permettrait d'augmenter le "service" d'enseignement des enseignants d'universités sans réduire le temps de recherche. Pas de mention de la stratégie d'un établissement comme l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) qui doit pourtant bien avoir quelques idées sur le modèle économique et les raisons d'utiliser ou de créer des MOOC. Rien sur le modèle économique d'un campus, ni de savoir quel rôle il peut tenir à l'avenir selon la pondération entre inscrits virtuels et inscrits présents. Bref la France semble devenir un peu moins MOOCophobe sans savoir encore pourquoi, ni comment en tirer les bénéfices, y compris économiques !

arnaud delebarre

10 avril 2016

*Il existe aussi une video "Grand Angle" et un communiqué de presse réalisés par France Stratégie sur l'étude.

** A propos de la figure : Tableau reconstitué d'après les données de l'analyse France-Stratégie. Le graphe (ARWU=classement de Shanghaï) est issu tel quel du rapport.

Tag(s) : #Charlemagne, #Complétion, #Education, #Enseignants, #EPFL, #France Stratégie, #MOOC, #Université

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