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Quand le peuple a mauvaise presse

Ce billet reprend des extraits de "Médias et classes populaires : quand le peuple a mauvaise presse", article dû à U. Palheta, dont l'analyse s'apparente au retour des trois ordres en France publié ici et qui rejoint l'article du Canard Enchaîné du 3 juin sur les achats de journaux par les fortunes en mal d'influence. Ces éléments ont été anecdotiquement illustrés par J. Béglé, qui, aux Informés de France Info du 19 juin, a asséné que les producteurs de télévision fournissent la médiocrité demandée par les spectateurs. Pourtant J.-M. Domenach, dans le "Crépuscule de la culture française ?" (p. 141), mentionnait l'étude Chalvon-Demersay qui, TF1 ayant incité ses spectateurs à proposer des scénarios, expliquait que les scénarios reçus se ressemblaient, car ils avaient été conçus selon l'attente supposée de la chaîne organisatrice du concours, et l'idée qu'elle-même se faisait de l'attente du public.

Logiques d'exclusion sociale

Le parti pris médiatique en faveur des classes possédantes et des institutions est lié à l’appropriation capitaliste des médias, ainsi qu’aux complicités structurelles qui se nouent entre des individus unis par leur appartenance aux classes dominantes : patrons de presse, rédacteurs en chef et directeurs de rédaction, présentateurs-interviewers et éditocrates multicartes, philosophes médiatiques et économistes-banquiers rebaptisés «experts». Il existe des exceptions mais ce ne sont que quelques gouttes dans un océan de complaisance à l’égard des puissants, et de mépris à l’égard des dépossédés. Les classes populaires sont absentes des médias, de même qu'à l’Assemblée nationale. Ni leurs conditions d’existence et de travail, ni leurs intérêts et aspirations, n’ont droit de cité dans l’espace médiatique. Le journal Fakir a mesuré le temps consacré aux classes populaires sur France Inter pendant une journée (de 5 h à 23 h) : 18 minutes sur 18 heures, soit 1,7 % du temps d’antenne, quand artistes, experts, patrons et journalistes se partagent l’essentiel du reste.

Des médias de masse sans les masses

Voilà donc des médias de masse dont les «masses» et leurs conditions d’existence sont absentes. Les classes populaires constituent ainsi une «classe-objet», un groupe qui est parlé par d’autres, plutôt qu’il ne parle d’une voix propre, comme lorsque sont invités à s’exprimer des porte-parole appartenant aux classes populaires, qu’il s’agisse par exemple de syndicalistes ou d’animateurs habitant et travaillant dans des quartiers populaires. Entre mille exemples, X. Mathieu, délégué syndical des « Conti », grondé par David Pujadas en direct au 20 h de France 2, ou S. Himi, éducateur à Clichy-sous-Bois, sommé en 2005 par Yves Calvi de dire aux jeunes révoltés de «rentrer chez eux». Ces situations font apparaître le parti pris médiatique pour les classes dominantes, et l’indifférence, la morgue et le mépris à l’égard des classes populaires. Les médias constituent une instance de production du consentement à l’ordre établi, y compris parmi ceux et celles qui ont le moins à en attendre. Pourtant une mobilisation médiatique en faveur de telle ou telle décision politique peut se voir opposer un mouvement social puissant parvenant à produire et diffuser ses propres analyses et solutions (la victoire du «non» au référendum de 2005 sur le traité de constitution européenne ou le rejet du Contrat première embauche en 2006).

arnaud delebarre

21 juin 2015

Tag(s) : #Acrimed, #Elites, #Les gens, #Médias, #Peuple, #Responsabilité, #Société, #Soumission

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