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L'hypocrite "Not in my name" et la hiérarchie religieuse

Approbation consensuelle autour des personnes qui arborent des "Not in my name" pour se distinguer de tueurs de même religion. Pourtant afficher "Not in my name" pour dire qu'on ne pratique pas la tuerie ni l'attentat, n'est pas nécessaire : dans beaucoup de pays, même laïques, la police et la justice sont capables de le savoir, de l'évaluer et d'en juger.

Les autorités religieuses sont-elles "not in your name" ?

Mais en se soumettant à des guides religieux et à des pratiques cultuelles, le "Not in my name" de ces innocents semble très hypocrite. Aujourd'hui encore, 14 janvier, des autorités religieuses lancent des anathèmes aux auteurs de représentation de leur prophète, auteurs qualifiés d'irresponsables ou de provocateurs. Pas un seul "not in my name" ne s'élève contre ses diatribes ! Au contraire, les critiques des autorités sont reprises par le musulman de base. "A-t-on le droit de représenter le prophète" demande France Inter à des experts ce 14 janvier ? Et alors, est-ce bien la question ? Si une religion décrète que son dieu ou ses prosélytes ne doivent pas être représentés, ça la regarde sans l'imposer au monde entier. Cette question est aussi insignifiante que de savoir si le voile est d'origine cultuelle ou culturelle, si une pratique religieuse se l'approprie et l'impose. Tout autant, que la religion n'est pas universelle et n'a pas à se mêler des constitutions ou des gouvernements des nations laïques. Ceux qui affichent "Not in my name" pour se démarquer des terroristes devraient s'interroger sur le prosélytisme prégnant de leur religion, et (2) peser sur leurs institutions pour leur inculquer la modestie, la diversité, voire le silence. Votre "clergé" n'est-il pas aussi "in your name" ?

Le débat sur l'islam est-il devenu possible ?

M. Houellebecq disait, à l'occasion de la sortie de Soumission, que "le fait même de prononcer le mot islam peut vous être reproché; l'islam ne fait pas partie des sujets dont on puisse réellement débattre." Un commentateur de "On refait le monde" du 13 janvier affirme que "la laïcité n'est pas l'ennemi de l'islam". Mais on peut ajouter que l'islam prend la laïcité comme ennemi et qu'en conséquence, l'islam devient l'ennemi de la laïcité. P. Desproges disait de manière synthétique "L'ennemi est bête : il croit que l'ennemi c'est nous, alors que l'ennemi c'est lui." L'attentat contre Charlie Hebdo semble avoir décadenassé le débat. Peut-on maintenant évoquer une critique contre cette religion sans être soupçonné de haine envers les pratiquants de cette religion ? En voici divers signes : on voit ce 14 janvier de nombreux journaux qui représentent des prophètes en référence au numéro 1178 de Charlie Hebdo. Le prophète de l'islam n'a peut-être jamais autant été représenté et diffusé qu'aujourd'hui ! Ce 12 janvier, S. Aram sur France Inter rappelle les efforts des athées pour vivre avec les religieux aux croyances et usages critiquables. Ce 11 janvier, des intervenants de "Dimanche, et après ?" sur France Culture osent désigner la cible (sic) : ce n'est pas le terrorisme (qui est un moyen), mais un certain islam qui veut l'instauration de la charia partout. Pourtant B. Maris terminait sa critique de Soumission dans le numéro 1177 de Charlie Hebdo en demandant "Et la raillerie implicite de l'islam ? Elle n'existe pas." Et complétait par cette phrase du livre de Houellebecq "L'islam accepte le monde tel quel".

Le débat sur l'islam s'ouvre partiellement. Toutefois, l'ambition et le prosélytisme musulmans, tout autant que l'acceptation de la laïcité par l'islam, ne semblent pas encore entrer en débat.

arnaud delebarre

14 janvier 2015

Tag(s) : #Blasphème, #Houellebecq, #jesuischarlie, #Notinmyname, #Religion, #Société

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