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Les pauvres et le management à la française

M. Cornu, dans "Cinq pistes pour bâtir un nouveau mode de management à la française", propose de bâtir un management prônant coopération, proximité, et prise d’initiative, pour remédier à l'insatisfaction et au désengagement dans les entreprises.

En accompagnant des personnes en difficulté, on constate combien les soutiens et les assistances recourent à une infantilisation directive, alors qu'au contraire, ces personnes montrent des capacités de gestionnaire et des processus collaboratifs élaborés, pour subvenir à leurs besoins. En situation de précarité ou de dénuement, elles développent notamment les compétences prônées par M. Cornu :

La coopération

Les populations en difficulté partagent souvent des ressources et collaborent entre elles, et avec des personnes ou des associations, comme les coopérations multiples mentionnées par M. Cornu. Comme disaient certains à une certaine époque : le manque d'argent ou de moyens rend intelligent. De plus, la pauvreté contribue au rêve environnemental de partager des ressources au lieu de les posséder, qui les laissent inutilisées le plus souvent. Le pauvre est un coopérant vert par nécessité.

La proximité

Le pauvre n'a pas les moyens de se déplacer car la mobilité est trop chère, comme M. Macron l'admet en souhaitant développer l'autocar. Une personne en difficulté sait composer avec le local et met en oeuvre une économie de proximité, pour faire ses achats, bénéficier de dons, ou développer des coopérations. Il se rapproche des structures de soutien quand ce ne sont pas elles qui s'en rapprochent. Sa proximité revient même moins chère que la proximité "numérique", et s'écarte ici des préconisations de l'article. En effet, le numérique devient inaccessible aux plus démunis qui doivent renouer le dialogue avec des administrations passées au numérique au détriment de leurs usagers.

La prise d'initiative

Une personne en difficulté met en oeuvre des informations et des ressources de proximité pour inventer des solutions à son dénuement et pour trouver les ressources, par exemple, face à des administrations devenues des centres de gestion qui évitent de servir des aides même légitimes. Il faut aussi une dose d'initiatives pour modifier ou arbitrer des solutions ou des choix vers de nouveaux produits ou services, tout en conservant un pragmatisme d'économie de ressources.

Des recruteurs disaient autrefois qu'ils cherchaient des gens qui ont faim (sic), parce que plus motivés et plus engagés. Les entreprises françaises où sévissent l'insatisfaction et le désengagement relevés par M. Cornu, pourraient diversifier leurs personnels par le recrutement de personnes possédant les aptitudes recherchées et forgées par la précarité. Les entreprises pourraient non seulement obtenir une meilleure diffusion des pratiques de ce nouveau management à la française, et, en enrichissant la diversité des profils et qualités des personnels et des managers, pourraient aussi augmenter leur inventivité et leur adaptabilité. Mais il convient alors d'avoir une autre lecture des parcours et des CV. On peut aussi ajouter avec cynisme que les entreprises (et le coût de la vie) ont créé le travailleur pauvre : est-ce pour amoindrir le coût de la main d'oeuvre ou pour développer chez les salariés des capacités utiles à l'entreprise ?

arnaud delebarre

28 décembre 2014

Tag(s) : #Ressources Humaines, #Management, #Innovation

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