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L'innovation, objet de désir et alchimie (I)

En ces périodes de recherche de mieux-économique, des analyses décrivent ce qui favoriserait ou desservirait l'innovation au sein des organisations. L'innovation est souvent désirée comme support de croissance, mais son émergence est mystérieuse par ses latences et ses foisonnements imprévisibles.

L'innovation : quelle est-elle ?

P-E Gobry s'interroge sur la façon de définir l'innovation : une meilleure manière de faire les choses, en distinguant la technologie validée par la science, de l'innovation validée par le marché. Il est différent de produire de l'innovation et de produire de la technologie, comme le dit aussi C. Franck, dans les "illusions de l'innovation inutile", les usages progressent moins vite que les innovations technologiques.

P. Métivier insiste également : sans usage, pas d’innovation, en ajoutant que les politiques de l'innovation peuvent favoriser la créativité, permettre aux inventeurs de développer leur idées, de promouvoir leurs inventions, mais que seule une utilisation à grande échelle, grand public ou professionnel, permet l’attribution du titre d’innovation. Une mise en garde utile à voir la table ronde proposée par Le Monde qui se demande si l'innovation est un facteur de progrès social. Un débat proposé avec un choix d'invités, une description de leur pedigree et un exergue d'A. Kahn qui semblent justement confondre invention et innovation et où le véritable sujet serait le changement de modèle économique, en rupture avec celui fondé sur la croissance.

L'innovation : est-elle désirée ?

W. Oremus demande si l’innovation technologique nuit à la société humaine, car même les professions intellectuelles risquent de se voir remplacer par des machines. Il cite une enquête auprès de 2000 économistes et spécialistes de la recherche opérationnelle. La moitié estime que les logiciels intelligents détruiront davantage d’emplois qu’ils n’en pourront créer. L’autre moitié, le contraire. Les emplois bien payés vont se faire rares et les postes qui resteront seront moins rémunérés et plus précaires, en citant McAfee qui voit que l’équilibre entre capital et travail se modifie par les technologies de l’information.

Wall Street est-il un frein à l'innovation se demande B. Flamant ? Il mentionne C. Christensen qui pense que la reprise économique est décevante, car les sociétés n'innovent plus véritablement, se contentant d'innovations marginales, créant de la valeur pour l'actionnaire à court terme, mais détruisant des emplois. Selon lui, seules les innovations de rupture créent de l'emploi. Mais la rupture exige du temps et du capital, quand le court terme régule les sociétés qui doivent faire leur trimestre, cher aux investisseurs, et qu'une faible utilisation du capital est une vertu boursière.

C. Bouquet analyse la confrontation entre taxis et véhicules de tourisme avec chauffeur (VTC) comme un exemple de résistance au changement. Les taxis traditionnels et leurs chauffeurs sont dans le déni de la demande des clients, et prisonniers du système régulé de leur activité. Ce déni et ce système sont partagés par les politiques, avec des propositions (du maintenant célèbre T. Thévenoud !), qui, au lieu de servir les intérêts des usagers, soutiennent les acteurs du marché en position de déclin. Pourtant dit C. Bouquet, Uber réussit parce qu’il répond mieux aux besoins des utilisateurs et qu’ils diffèrent du traditionnel. Il indique que parmi les 100 plus grandes entreprises mondiales de 1900, une seule, Ford Motors a survécu avec le même secteur d’activité; 15 autres entreprises existent toujours mais avec un autre métier. Toutes les autres ont périclité.

L'innovation : cet obscur objet de désir

On voit donc comment des entreprises en activité et en place et leurs salariés ou actionnaires ne peuvent pas, ou ne veulent pas innover, quand la société et combien les individus redoutent ou souhaitent l'innovation.

arnaud delebarre

5 octobre 2014

Tag(s) : #Innovation, #Audace, #Entreprise, #Recherche, #Ressources Humaines, #Société

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