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Doit-on enseigner sociabilité et responsabilité sociétale ?

Les enseignants des écoles de l'enseignement supérieur distinguent souvent avec amples détails, l'instruction de l'éducation, et estiment que l'école doit instruire et non éduquer. Les évolutions de programme d'études buttent souvent sur les tenants de l'instruction, sous entendu d'une limitation à la transmission de savoirs académiques, qui s'opposent à l'élargissement de la formation à des matières morales, du savoir vivre, de la culture générale, des capacités de vie collective. Un enseignant de l'ESSTIN m'avait fait partager une interview video de L. Gallois, alors PDG de la SNCF, qui disait rechercher des ingénieurs de forte culture scientifique et technique, sous entendu pour cet enseignant, plus qu'en sciences humaines et responsabilité sociale.

Instruction scientifique et technique ou éducation élargie et sociétale ?

Le débat est moins tranché en faveur de la seule instruction technique, quand on écoute des voix plus prospectives que celles des enseignants. On peut d'abord citer M. Gaucher qui affirme que l'école est une vie collective qui éduque, et que l'éducation passe aussi par l'instruction. On peut aussi mentionner E. Davidenkoff qui annonce de nouvelles formes d'accession aux savoirs et que le présentéisme des écoliers ou des étudiants et le formatage des cerveaux deviennent inadaptés à la demande des individus et aux moyens des Etats. Il ajoute que la chance de la disparition des écoles et de leur catalogue unique, et de le remplacer par une offre de formation où l'individu construirait un profil personnalisé aux savoirs diversifiés et plus ouverts. Enfin, une enquête auprès d'employeurs du Royaume-Uni montre, contrairement à ce que pensent beaucoup d'enseignants, que les capacités sociales sont jugées essentielles : "Employers want "soft" social skills over academic prowess, preferring the enthusiastic, confident average Joe to the quiet, geeky, first-class honours candidate". La question est alors de savoir si ces capacités s'acquièrent ou doivent s'acquérir à l'école ou ailleurs.

Les écoles et leur responsabilité sociétale

L'entreprise doit de plus en plus composer avec les exigences de la société et elle peut donc se doter au travers de ses recrutements d'une palette de compétences d'ouverture sociale. L'entreprise peut aussi démontrer qu'elle est une organisation responsable et préférera recruter des individus qui pourraient venir d'écoles ayant inscrit cet aspect dans leurs programmes de formation. On voit donc un double mouvement se développer : (i) des établissements qui incitent leurs élèves à participer à des activités de responsabilité sociétale (e.g. les cordées de la réussite) et (ii) des établissements qui cherchent eux-mêmes à démontrer leur responsabilité sociétale en tant qu'organisation. Certes les "social skills" cités ci-dessus signifient sociabilité, mais l'exercice de la responsabilité sociétale développe des capacités de convivialité et de sociabilité.

De même que certaines écoles ont entrepris des démarches qualité et sont allées jusqu'à des certifications de type 9001, des écoles se posent en acteur responsable et veulent le prouver par une évaluation de type ISO 26000. L'école de la deuxième chance (E2C) de Châtellerault est le premier organisme de formation évalué AFAQ 26000 en juillet 2013 et labellisé «Lucie» en France en septembre 2013. Elle veut ainsi démontrer ses valeurs ancrées depuis longtemps et partagées par ses parties prenantes.
Si l'on en croit son rapport de développement durable, l’École de Formation des Barreaux du ressort de la Cour d’Appel de Paris (EBF), aurait procédé à un diagnostic de responsabilité sociétale selon la norme ISO 26000 pour faire de ses élèves, certes des professionnels aguerris, mais aussi et surtout des citoyens du monde, d’un monde plus généreux, plus juste et plus beau.

Beaucoup d'écoles revendiquent de former leurs élèves à la responsabilité sociétale, mais peu d'entre elles le font dans des proportions respectables, dans des enseignements obligatoires, et encore un plus petit nombre d'entre elles s'engagent dans des processus vertueux qu'elles appliquent à elles-mêmes.

arnaud delebarre

18 août 2014

Tag(s) : #Education, #Enseignants, #Ingénieurs, #Responsabilité, #Ressources Humaines

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