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De l'innovation : de sa cinétique et de sa diffusion

En 1992, dans un discours à l'Association Nationale de la Recherche Technique (ANRT), Francis Mer plaidait que les entreprises recherchent constamment de nouveaux avantages concurrentiels par leurs performances, la qualité, et par l'innovation. Il indiquait comme d'autres avant lui et d'autres encore après lui, le raccourcissement du cycle qui va d'une découverte scientifique à la mise sur le marché des produits et des procédés avec les exemples de 120 ans pour développer la photographie à partir des phénomènes physiques de base, 60 ans pour le téléphone, 30 ans pour la radio, 15 ans pour la télévision, nettement moins pour le transistor. Il ajoutait que ce raccourcissement risquait cependant d'être ralenti par le souci de protéger la santé et l'environnement.

La séduction et la prégnance comme vecteur d'innovations

Francis Mer propose une vision essentiellement rationnelle et consciente. Mais la diffusion de nouveaux procédés montre aussi des cheminements et des pénétrations basés sur la séduction ou la prégnance de certaines idées ou technologies, soit au sein d'une entreprise, soit pour un public utilisateur. Ainsi la diffusion de certains procédés physico-chimiques utilisant le transfert entre des particules solides et des fluides grâce à des lits fluidisés, a pu être rapide ou au contraire lente voire inaboutie, en fonction d'un succès emblématique. Le raffinage catalytique avec ces contacteurs a percolé rapidement dans la chimie et plus tardivement dans la production d'énergie par combustion de charbon, tandis que l'industrie sidérurgique résistait, attachée à son haut fourneau. Merkapt publie un article de Philippe Méda dénonçant l'illusion de l'accélération de l'innovation. Il présente d'abord un graphe du Wall Street Journal sur la pénétration des innovations en communication de 1920 à 1999 où on est censé lire un accroissement des innovations proposées depuis 1980 et une accélération de leurs pénétrations dans les foyers. "Il aura fallu 38 ans à la radio pour toucher 50 millions d’américains, contre seulement 3 ans pour le téléphone mobile et 88 jours pour Google plus."

L'innovation : des maturations lentes, des foisonnements et des latences

Cet article propose ensuite un modèle de l'innovation reposant sur deux phases : la réimagination, lente, suivie de la diversification, rapide, (cf image de ce billet emprunté à l'article de Philippe Méda). Un tourbillon de versions partent d’une innovation fondamentale, qui est la source majeure de (la sensation de) l’accélération. De même que Philippe Méda indique dans son article que l'accélération peut être démontrée en n'utilisant que les exemples appropriés et en oubliant d'autres, Cyrille Franck, dans les "illusions de l'innovation inutile" indique que les usages progressent moins vite que les innovations technologiques et que les inventions échappent à leurs créateurs. Il ajoute que "des innovations géniales encensées par les magazines techno et qui échouent ou peinent à s’imposer, sont légion" à qui on objectera que si la relation des innovations par les médias spécialisés peut évoquer la "prouesse" technologique, elle ne préjuge pas du succès de son usage.

L'innovation pour sauver la planète ?

On parle notamment d'innovation par l'usage, l'organisation, le modèle, le design... sans pouvoir les qualifier autrement que par "non technologique". De même que l'ingénierie prétend parfois pouvoir proposer des solutions contre le réchauffement climatique ou que l'économie dite immatérielle a en fait une empreinte environnementale forte, certains se demandent si l'innovation peut sauver la planète, en pensant surtout à l'innovation non technologique ou à la frugalité.

arnaud delebarre

26 juin 2014

Tag(s) : #Innovation, #Ingénieurs, #Société, #Merkapt

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