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Au C(o)NRS, une recherche peut en cacher une autre

Le Comité National de la Recherche Scientifique (CoNRS) est censé "jouer un rôle essentiel dans la vie scientifique française" et "procéder à l'analyse de la conjoncture et de ses perspectives" selon sa déclaration de missions. Le CoNRS s'est réuni le 11 juin pour déplorer une réduction de l'emploi scientifique, réclamer des postes dans le public et l'embauche des docteurs dans le secteur privé. Ces "propositions sur l'emploi scientifique" ont été votées avec le score soviétique de 468 pour, 2 contre et 5 abstentions. Cette démarche rappelle les pleurnicheries des Présidents d'Université votant des motions unanimistes en Conférence des Présidents d'Université pour réclamer de l'argent au Ministère, sans jamais s'être remis en cause dans leur gestion. Le pleurnishing et la sébile comme arguments de gouvernance.

Les effectifs de recherche sont majoritairement en entreprises

L'INSEE recense 249 000 chercheurs en France en 2011 pour un total de 400 000 personnes qui travaillent dans la R&D où l'INSEE distingue la recherche fondamentale, la recherche appliquée et le développement expérimental. Les chercheurs travaillaient pour 148 000 en entreprise en 2011 et pour 52 000 dans l'enseignement supérieur. Ces deux catégories augmentent depuis 2008, tandis que les effectifs des chercheurs de l'"Administration" sont restés stables à 48 000 de 2008 à 2011. Globalement, les effectifs de recherche (y compris les chercheurs) des "Administrations" diminuent entre 2008 et 2011, mais augmentent pour les entreprises et l'Enseignement Supérieur.

Les recrutements en recherche baissent-ils ou non ?

Le recrutement au CNRS accuse un fléchissement : 400 chargés de recherche mis au concours en 2010; 330 en 2012, 307 en 2013 puis 300 en 2014 selon le Conseil Scientifique du CNRS dans un texte voté à l'unanimité (!), qui ne donne pas le chiffre de 2011. Le Conseil Scientifique du CNRS prétend dans ce même texte que "depuis 2009, le solde de l’emploi chercheurs, ingénieurs et techniciens de la recherche est négatif". Pourtant l'enquête Trendeo dit que le solde de création d'emplois de chercheurs aurait été négatif en 2013 pour la première fois depuis 2009, tandis que l'INSEE cité plus haut ne voit cette baisse que pour la catégorie "Administrations". Mais peut-être le texte du Conseil du CNRS ne concerne-t-il que le seul CNRS ?

Compétences et métiers des docteurs

Le rapport Harfi du Commissariat Général à la Stratégie et à la Prospective écrivait récemment qu'"en France, la croissance des effectifs de chercheurs observée ces dernières années n’a pas bénéficié de manière significative aux recrutements des docteurs." La revue parlementaire N°887 d'avril 2006 prétend notamment que la thèse peut émettre un signal négatif vers les recruteurs, qui soulignent à la fois la faiblesse et la trop grande spécialisation de cette formation ainsi que la méconnaissance du monde de l'entreprise. Le rapport Harfi indique aussi que les docteurs travaillent de plus en plus dans le secteur privé sans occuper des missions R&D, tandis que les chercheurs ne sont pas tous docteurs !

Dans sa vision précopernicienne du monde de la recherche, le CoNRS considère que le titulaire d'un doctorat est formé pour être chercheur et que c'est la réticence des entreprises qu'il faut vaincre et non la qualité de la formation par le doctorat qui est à améliorer. Les entreprises diversifient pourtant leurs recrutements : par exemple SAFRAN recrute 160 "ingénieurs et chercheurs" en 2014 tout autant parmi des ingénieurs "secs" que des docteurs non ingénieurs. Des entreprises recrutent des docteurs pour leurs qualités de rédaction, d'autonomie, de gestion de projet, mais pas nécessairement pour faire de la R&D ni pour leur spécialisation de recherche.

Du financement précaire par projets à la précarisation des thématiques

Le CoNRS élargit parfois sa vision lorsqu'il aborde le financement par projets. Il dénonce alors la précarité des emplois engendrée, sans insister sur la précarité des thématiques générée par ces financements. En France, le turnover des thématiques financées sur appels à projets laissent peu le temps d'asseoir une compétence et de faire émerger des résultats. L'argent de la R&D manque souvent de patience et de constance.

arnaud delebarre

15 juin 2014

Tag(s) : #Recherche, #CNRS, #Innovation, #CPU, #Ressources Humaines

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