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La compétition est-elle utile et efficace ?

Ce 24 mai 2014 est un jour de compétition ordinaire. De nombreux tweets sont échangés exprimant souvent la déception causée par le palmarès du festival de Cannes, tandis que les médias relatent en boucle la compétition du club de rugby de Toulon et celle du football madrilène. Trois compétitions qui auront créé leurs lauréats et généré leurs perdants et leurs déçus.

La compétition pour accroître l'efficacité en entreprise ?

Ainsi aussi les concours du meilleur employé du mois : pour un gagnant, combien de perdants à gérer après. Rémi Tremblay, président et fondateur de "la maison des leaders", a écrit qu'"un soir par an, nous récompensons certains employés pour ce qu’ils font, plutôt que de reconnaître tous les jours tous nos employés pour ce qu’ils sont." La médaille, la concrétisation de la compétition, signe l'absence de reconnaissance par l'organisation. Selon Isaac Getz dans l'article "Cessez d'être reconnaissants envers vos salariés !", le manager doit demander au salarié "De quoi avez-vous besoin aujourd'hui pour travailler bien ?" et laisser la décision à celui qui détient la compétence pour construire une relation de respect et de confiance pour gagner en efficacité !

La compétition pour recruter les meilleurs à l'Université ?

Recruter c'est souvent sélectionner. Mais sélection est-il nécessairement compétition ? La fonction publique en général apprécie la sélection sur concours pour recruter. Par exemple, les maîtres de conférences sont recrutés parmi les titulaires d'un doctorat, par un concours qui suit une procédure dite de qualification (délivrant une sorte de droit à concourir). Les maîtres de conférences peuvent devenir professeurs en se présentant à un concours (pour lequel ils doivent être eux aussi qualifiés) où ils seront éventuellement en concurrence avec d'autres candidats, extérieurs ou internes à l'Université. Un débat a vu le jour lors des Assises de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur l'intérêt de maintenir la qualification (cf le rapport de Vincent Berger et aussi le blog de Piere Dubois) qui ferait double emploi avec la validation intrinsèque provenant du doctorat ou de l'habilitation. Personne n'a en revanche imaginé recruter autrement que par des concours qui débouchent sur les listes de lauréats classés des comités de sélection.

L'Université prétend vouloir recruter les meilleurs (sic). Or, réussir un concours, c'est être le meilleur à un moment donné et compte tenu de compétiteurs. Mais est-ce être le meilleur en permanence ? L'Université devrait-elle régulièrement pratiquer les concours en son sein pour se séparer des meilleurs qui seraient devenus moins meilleurs ou confirmer ou promouvoir les meilleurs demeurés meilleurs ! Par ailleurs, contrairement à une idée répandue, la personnalité d'un individu n'est pas constante dans le temps.

La compétition pour développer les individualités à l'école ?

Albert Jacquard prônait une éducation sans esprit de compétition car il monte les gens les uns contre les autres et il les uniformise et les normalise. Corentin de Salle pense au contraire que l’esprit de compétition pousse les gens à donner le meilleur d’eux mêmes et à se singulariser. Mais la compétition scolaire ou en formation ne produit-elle pas la reconnaissance des mieux préparés à répondre à ses épreuves scolaires ? Les plus doués sont-ils ceux qui ont le mieux bachoté pour la forme de compétition proposée par le système scolaire ? La compétition produit "un meilleur", meilleur dans une situation donnée, à un instant donné et pour une forme de compétition : une singularité éphémère et partielle ? A contrario une singularité peut se construire autrement que par compétition.

arnaud delebarre

25 mai 2014

Tag(s) : #Compétition, #Ressources Humaines, #Société, #Sélection

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