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De l'économie des MOOCs et de leurs alumnis

L'université de Lorraine nous sert un beau truisme dans l'Est Républicain en assénant qu'elle souhaite "anticiper l’évolution pédagogique pour ne pas être à la traîne" à propos d'une contribution à un Massive Open On-line Course (MOOC). Une anticipation qui consiste à adopter une innovation préexistante ! Plus loin, un vice-président de l'université de Franche-Comté affirme que "le Mooc ne pourra jamais remplacer le cours présentiel, la mise en ligne peut être un complément utile". Il évite ainsi de dire que le présentiel peut être un complément de MOOC. On mesure l'audace !

Equilibre économique d'un enseignement

Plus que la pédagogie qui était parfois évoquée pour les dénigrer, l'équilibre économique des MOOCs est maintenant plus souvent invoqué (par ceux qui se sont faits distancer). Il s'agit de dire combien les MOOCs sont peu rentables en comparaison des enseignements traditionnels. Thot Cursus a intitulé un de ses articles "Très chers MOOCs..." où D. Boullier déclare que "ce dispositif est la plus récente manifestation de la financiarisation de l'enseignement supérieur." Un article de Novosphere le cite récemment pour demander s'il faut brûler les Moocs ? En général, l'argument additionnel (après leur coût) des critiques des MOOCs est de dénoncer le faible ratio de ceux qui s'inscrivent à un MOOC et ceux qui en retirent un certificat de réussite.

Une institution de formation, qu'elle soit par MOOC ou non, peut songer à équilibrer un budget de fonctionnement entre les contributions de ses apprenants, de ses mécènes ou de l'Etat, et les dépenses générées par la rémunération de ses enseignants et les autres charges. Un MOOC a évidemment un coût de conception et d'exploitation comme tout enseignement traditionnel. R. Bachelet, concepteur et exploitant d'un MOOC de gestion de projet à Centrale Lille, a fait une mise au point dans "Quel est le prix d'un MOOC ?". Il conclut que "le budget consommé pour une promo d'étudiants peut servir à 10, voire 100 fois cet effectif et rendre la formation accessible à tous. [...] On serait bien avisé d'en faire beaucoup, beaucoup plus, plutôt que de s'inquiéter d'une bulle spéculative". Des options de Masters sont coûteuses à maintenir, et les coûts de revient de certains Masters dépassent parfois ceux de cursus d'ingénieurs pourtant considérés comme onéreux.

Présentéisme et taux d'échec

L'argument du présentéisme est également spécieux dès lors que l'on sait que les formations traditionnelles mesurent peu l'assiduité. R. Bachelet distinguent les apprenants inscrits en MOOC, qui ne suivent pas pleinement le cours : auditeurs libres - qui suivent la formation mais pas les examens - , simples curieux, ceux ayant rencontré des difficultés techniques, ceux auxquels cette manière d'apprendre ne convient pas, "no-show" qui ne viennent en fait pas du tout". Le MOOC Gestion de Projet dans son édition n°2 a mesuré 47% pour le taux de "dropout" et 61% pour le taux réussite au certificat basique, avec des inscriptions de plusieurs milliers. La troisième édition de ce MOOC GdP est en cours d'analyse statistique : il a eu plus de 3000 inscrits.

Effet numérique des alumnis

Et si un jour il existe des associations regroupant les alumnis (certifiés ou diplômés) de MOOCs comme celui porté par Centrale Lille, leur puissance de frappe sera certainement importante comparée à celle d'alumnis de filières traditionnelles. Quand on voit comment les établissements tentent de faire jouer leurs réseaux d'alumnis pour construire des financements de projets (chaires ou autres), on aurait tort de négliger l'empathie des inscrits d'un MOOC réussi pour l'établissement porteur, ou de ne pas voir l'effet de leur nombre, pour les mobiliser dans le futur.

arnaud delebarre

23 avril 2014

Tag(s) : #MOOC, #Universités, #Alumni

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