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Le millefeuille des universités est-il meilleur que celui des communautés de l'ESR ?

P. Dubois dénonce (outre la censure contre son blog Educpros, censure qui n'est pourtant pas signe de démérite !) la dictature de la tête unique voulu par le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche. Il critique ainsi le calendrier à marche forcée vers la communauté d’universités et d’établissements comme futur moyen de manager façon néolibérale et de baisser les dotations. P. Dubois énonce "la fin de la collégialité dans la prise de décision, l’hyper‐centralisation des décisions, la fin des libertés académiques" et redoute que "la COMUE ajoute une couche au millefeuille institutionnel, éloigne de la base les centres décisionnels ; les directeurs et les conseils de composantes n’y auront plus qu’un seul champ de décision : réduire les dépenses."

Pourtant le millefeuille a toujours existé. Les universités ont tant d'instances de consultation et de décision que leur millefeuille est indigeste depuis bien longtemps. Et cela, bien avant que les regroupements entre elles n'aient commencé et bien avant que la loi du 22 juillet 2013 n'y ait ajouté une couche supplémentaire. L'absence de liberté académique que P. Dubois pourrait regretter est aussi celle d'universités chroniquement suréquipées en conseils, comités, et autres, dont les attributions se recouvrent et empiètent les unes sur les autres. Par sa propre organisation, l'université génère la centralisation et la présidentialisation par des instances qui s'auto-surveillent, et qui suppriment de facto la délégation, l'initiative et l'autonomie de décisions dans les composantes. Et parfois même les évolutions. En revanche, l'aspect social positif de cette prolifération d'instance est que de nombreux mandarins peuvent exister ici ou là.

Les regroupements d'universités ont déjà, dans certains cas, accentué l'inflation des instances (sénats, conseils,...) à tous les étages. L'université de Lorraine en est un archétype avec ses collégiums, étages intermédiaires entre composantes et central, collégiums équipés de conseil et de comités de direction. Ces instances intermédiaires réexaminent dans des délibérations consultatives, décisionnelles ou de validation, les décisions prises dans les composantes. Les collégiums réexaminent des décisions de conseils de composantes, qui sont parfois elles-même encore examinées en Conseil d'établissement. Avec des décisions prises par des assemblées qui sont de plus en plus incompétentes au fur et à mesure que l'on s'écarte de la composante et qui oublient dans le même temps de s'intéresser aux objectifs assignés à leurs niveaux.

Le millefeuille de certaines universités d'avant la loi du 22 juillet 2013 sera surmonté de quelques feuilles de plus après le 14 juillet 2014 ? Mais y-a-t-il un réel changement de fonctionnement ? Peut-être faut-il changer de modèle de pâtisserie et de gouvernance.

arnaud delebarre

19 mars 2014

Tag(s) : #Universités, #Enseignants, #Ressources Humaines, #CPU, #Lorraine

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