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La santé et l'éducation à plusieurs vitesses

Evgeny Molozov enfonce quelques portes ouvertes ce 5 décembre 2013 dans son interview au journal Le Monde. Il énonce d'abord une contre-vérité en présentant les MOOCs comme une innovation inévitable (sic), alors que les débats autour d'eux montrent qu'ils ne sont pas jugés incontournables. Il assène ensuite : "restreindre le budget consacré à l’enseignement, employer moins de professeurs enseignants, chiffrer la performance de chacun des départements sont des objectifs que poursuivent de nombreuses universités. Le numérique n’est que l’un des outils utilisés pour atteindre ce type de résultats. Ce qui est à l’oeuvre, ce n’est pas une révolution technologique, mais les effets d’une politique néolibérale."

Une politique néolibérale et des gains de productivité

Il est trivial d'affirmer que le "numérique" permet d'accroître la productivité des universités et que la performance des enseignants-chercheurs et de leurs départements deviennent aisément mesurables. M. Molozov parle donc de "révolution numérique" et de "politique néolibérale", quand il y a surtout rentabilité et économie de moyens dans une entreprise dont l'objet est l'éducation. Au niveau français, parler de politique (de l'éducation) semble exagéré : le Ministère de l'enseignement supérieur cherche à déplacer le curseur entre dotations en baisse, ressources propres qui stagnent, et droits demandés aux étudiants et familles. Le Canard Enchaîné du 29 janvier, reprenant les arguments de E. Molozov, énonce que les MOOCs débarquent en France grâce à France Université Numérique (FUN) du Ministère. La plateforme FUN se contente d'afficher des initiatives dont les créateurs et gestionnaires de ces MOOCs n'avaient pas besoin y compris pour gérer les inscriptions (lire par exemple l'utopie de la centralisation des inscriptions). Le Ministère recherche des gains de productivité, comme il a dénoncé la prolifération des appellations des Licences et des Masters, qui devrait aboutir à supprimer des doublons et donc des moindres coûts de formation. Le Ministère agit sur la productivité de l'éducation par les MOOCs en les promouvant grâce à la plateforme, en prônant l'usage d'enseignements qui génèrent des heures de service, sans avoir besoin des postes d'enseignants.

Les systèmes à plusieurs vitesses appliqués à la formation

Le système d'assurance-maladie est passé en quelques décennies d'un système égalitaire et équitable à une baisse de la sécurité sociale et à une compensation par des mutuelles pour ceux qui peuvent, avec beaucoup qui ne peuvent pas. Il y a même maintenant des complémentaires au-delà des mutuelles. L'enseignement est-il sur la voie de cette logique économique : gains de productivité et droits d'accès en augmentation ? Des étudiants feront le choix de ne pas faire d'études, ou celui d'études à coût moindre par des MOOCs, ou celui d'études plus onéreuses dans des formations où des enseignants ajouteront leur savoir faire à la transmission de connaissances.

arnaud delebarre

3 février 2014

Tag(s) : #Education, #MOOC, #Société

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