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Les MOOCs cristallisent prosélytes et réfractaires

Des journaux de France Inter du 14 janvier 2014 évoque les Massive Open Online Courses (MOOCs) et la plateforme FUN, tandis qu'un tweet de France Université Numérique annonce que "8 Moocs débutent le 16 janvier, les suivants dans les prochaines semaines, sur des sujets très divers". Déjà des chroniqueurs des émissions de 11h00 de RTL et France Inter avaient abordé en 2013 les MOOCs dans leurs interventions humoristiques.

Critiques récurrentes et critiques d'un nouveau genre des MOOCs

Un peu plus tôt en décembre 2013, il y avait eu les détracteurs ordinaires de ces cours en ligne ou de leur médiatisation comme l'article d'un des blogs Educpros "La frénésie MOOC : quand l'innovation est contre révolutionnaire". L'auteur de ce billet, répondant peut-être à ceux qui prétendent révolutionner l'éducation, veut faire croire que les MOOCs se résument à une invention technique sans pédagogie et que la surexposition médiatique est un signe de mauvaise qualité et d'une frénésie technophilique. A peu près au même moment, un billet est répercuté par WISE (World Innovation Summit for Education) pour dire qu'il y a bien mieux que les MOOCs pour répandre les savoirs dans certaines populations défavorisées : "This Tanzanian E-Learning Enterprise Is Beating MOOCs by Going Local". Plus tôt encore, un article lucide sur les résistances rencontrées par les MOOCs, revendiquait les SPOCs (Small Private Online Classes) pour réenchanter la révolution MOOC : Cours en ligne: pour réenchanter la révolution Mooc, passez aux Spoc. Enfin on ne compte plus les billets de ceux qui, vexés de ne pas être dans la vague, évacuent les MOOCs qui ne seraient qu'une mode, ou en critiquent le bilan financier.

Une autre forme de contestation anti-MOOC est apparue plus récemment quand Libération a publié le 26 décembre 2013 une tribune collective critique des MOOCs, dont P. Silberzahn s'est moqué le 31 décembre 2013 et qui a eu une réplique documentée de C. Bedel le 6 janvier 2014. La tribune dénonce une privatisation et une américanisation de l'enseignement au travers des MOOCs.

Un point qui cristallise : le MOOC devient un enseignant d'un autre statut

Les acteurs qui construisent ou utilisent les MOOCs se livrent certes à une communication dynamique pour placer leurs produits ou pour se positionner en pionniers. Et les médias apprécient ces sujets. Et ce faisant, cet affichage exaspère ceux qui ne sont pas montés ou ne veulent pas monter dans le train des MOOCs. Ainsi, des enseignants, qu'ils ignorent ou non ce que sont les MOOCs, voient que ces MOOCs (utilisés dans le cadre d'une formation certifiante ou diplômante, ou comme supports pédagogiques ou dans des classes dites inversées) peuvent les atteindre de deux manières. Une partie de leur service d'enseignement pourrait être remplacé par la diffusion de MOOCs. Ils pourraient aussi être affectés dans leur amour propre puisque ne pas être sollicités pour enregistrer un MOOC, ou ne pas être diffusés ou ne pas être vus, signeraient une disqualification de leurs cours et de leur notoriété. Ainsi, j'ai pu constater au cours de discussions dans des écoles d'ingénieurs que les dirigeants et gestionnaires, qui voient leurs effectifs étudiants croître tandis que leurs ressources humaines en enseignants se raréfient ou augmentent peu, conçoivent l'éducation online comme un gain de productivité, tandis que leurs personnels enseignants arguent de la pédagogie et des bénéfices du seul présentiel pour freiner cet usage. Un MOOC devient un enseignant externe dispensant un service qui n'est plus confié à un enseignant interne. Le MOOC n'est pas vu comme l'appui fourni à l'enseignant tel celui donné par un livre ou un site, appui qui n'est pas nécessairement l'oeuvre de l'enseignant dispensant le cours. Le MOOC est volontairement caricaturé comme excluant le présentiel et l'apprentissage personnalisé pour mieux le bannir. Après les réactions de la tribune de Libération citée ci-dessus, il sera éminemment intéressant de lire les prochains diagnostics d'accréditation de diplômes comme ceux de la Commission des Titres d'Ingénieur (CTI) dans les établissements qui introduiront des MOOCs.

Les entreprises se mettent aux MOOCs

A l'opposé de ces défenses d'intérêt, des réflexions évoquent le potentiel de l'open éducation vu du côté des entreprises. Le billet "E-learning, plateformes collaboratives et MOOC : la révolution de l'open éducation atteint les entreprises" évoque ainsi le cas de salariés qui peuvent accroître leur bagage et d'entreprises créant des MOOCs répondant à leurs besoins, quand ce n'est pas couplé avec le moyen d'identifier les individus qu'ils veulent voir rallier leur entreprise. Je me souviens de discussions sur les contenus de formation où des assemblées composées d'enseignants et d'entreprises réfléchissent ensemble, lentement, aux évolutions des contenus de formation. Le MOOC sera pour certaines entreprises le moyen de compléter (et peut-être de remplacer) des formations dispensés dans les instituts et les écoles où elles recrutent leurs effectifs.

Les organes de formations seraient sages d'écouter la demande de leurs clients que sont leurs étudiants, la société qui les finance et les employeurs de leurs diplômés.

16 janvier 2014

arnaud delebarre

Tag(s) : #MOOC, #Ingénieurs, #CTI, #Enseignants, #Société

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