Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Palmarès des écoles d'ingénieurs : le classement cède le pas aux indicateurs

Albert Jacquard a été entendu. Dans "Halte aux jeux", il proposait de cesser les compétitions qui engendrent plus de perdants que de gagnants. L'Etudiant qui publiait deux palmarès annuels des écoles d'ingénieurs, avec pour chacune d'elles une note globale et une affectation à un groupe de niveau, a cette année franchi le pas en évaluant 160 écoles selon des critères que chaque lecteur peut choisir, et sans note globale.

Pas de note globale mais des critères "incontournables"

Cependant, trois catégories restent qualifiées d'incontournables par la rédaction de l'Etudiant avec leurs critères présélectionnés. La catégorie Excellence académique et ses 4 critères dont celui, étonnant, des "poursuites en thèse" des diplômés ingénieurs : les notes s'étalent de 12 à 4 pour les 160 écoles ! La catégorie International avec 5 critères, dont on remarquera que "durée minimale à l'étranger" et "étudiants ayant passé au moins un semestre à l'étranger" semblent assez similaires. Les notes vont de 14 à 1. La troisième catégorie "incontournable" est la Proximité avec les entreprises et ses 4 critères notés de 11 à 3, dont l'un reprend les diplômés en poste à l'étranger et où beaucoup de réponses sont cotées "non existant" pour les étudiants en alternance. Ces 3 critères incontournables font inévitablement penser aux 3 critères des quelques années précédentes qui étaient notés de 0 à 3 étoiles et servaient à faire le palmarès global.

L'absence de note globale et le palmarès unique pour écoles post-bac et post-prépa libèrent la hiérarchie traditionnelle entre écoles

Le regroupement des écoles post bac et post prépa tout autant que le nombre important de notes ex aequo et la distribution en plusieurs tableaux compliquent (sans la rendre impossible) la tâche de ceux qui voudraient transformer les 160 évaluations de l'Etudiant en classement. Et de fait, ces 3 critères "incontournables" redistribuent les positions. Par exemple, l'école Polytechnique obtient respectivement 12, 11 et 8 soit 31 alors qu'un score maximal de 4 fois 3 + 5 fois 3 + 4 fois 3 (soit un total de 39 points) est possible, et sachant que les meilleures des 160 notes sont 12, 14 et 11 (total de 37) et les moins bonnes 4, 1, 3 (total de 8). Polytechnique, ordinairement bien ancrée dans le haut des palmarès précédents, ne fait donc qu'un seul des 3 tops et se retrouve avec une somme ordinaire sur les trois incontournables. L'INSA Lyon était souvent classée première des écoles post-bac : elle obtient ici 11, 10, et 7, soit un total de 28, seulement. L'ESSTIN, qui était l'an dernier dans la première moitié des écoles post-bac classées avec un point fort reconnu pour sa relation avec les entreprises, obtient en 2014, 8, 9 et 4. Son point fort est devenu en un an son point faible puisque 4, c'est un point seulement au-dessus de la plus mauvaise évaluation sur ce critère.

Un point crucial, sans doute plus que l'absence de classement ou de note globale, est l'absence de distinction entre écoles post-bac et écoles post prépa. Les recrutements des écoles d'ingénieurs étant très diversifiés par les provenances, les concours et les années d'entrée, il devenait peu réaliste de différencier les établissements par ce critère.

Des palmarès sous influence ou influents ?

Les enquêteurs de l'Etudiant contrôlent relativement sérieusement les données fournies par les écoles. Mais l'Etudiant s'autorisait aussi à noter chaque école au-delà de la simple arithmétique et le résultat ne bousculait que rarement les hiérarchies établies. Eviter un classement permet de déclasser les indétrônables. De plus, l'Etudiant confirme sa résistance aux universités n'ayant que des écoles ou aux groupes d'écoles qui tentent de s'afficher comme un seul établissement répondant à l'enquête pour bénéficier d'un effet cumulatif, alors que chaque école de ces ensembles reste une entité autonome.

Comme l'écrivait à ses lecteurs Studyrama à propos du palmarès de l'Etudiant en 2013, : "Attention classement". "Nous vous invitons à lire ce classement avec prudence et à ne pas en faire un critère de choix". A l'opposé, l'article de l'Usine Nouvelle "La vraie-fausse pénurie d'ingénieurs" indique que les habitudes de recrutement et les échelles de valeurs en vigueur chez les employeurs perpétuent la hiérarchie entre écoles indépendamment des palmarès et classements.

La prochaine (r)évolution du palmarès sera-t-elle de prendre en compte les Masters d'Ingénierie, évalués ou non par la Commission des Titres d'Ingénieurs (CTI), puisque, au grand dam de la CGE et de la CDEFI, et malgré les propos rassurants de Mme Fioraso, les ingénieurs qui exercent ce métier, ne sortent ou ne sortiront pas tous d'écoles d'ingénieurs.

26 décembre 2013

arnaud delebarre

Tag(s) : #Ingénieurs, #Education, #CTI, #CDEFI, #CGE, #Palmarès

Partager cet article

Repost 0