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Des grandes écoles en quête d'amour

Détendez vous ! Le 7 novembre 2013, la Ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche a enjoint les Présidents de la Conférence des Grandes Ecoles (CGE) et de la Conférence des Directeurs des Ecoles Françaises d'Ingénieurs (CDEFI) de se détendre, après qu'ils se sont exprimés sur les groupements d'universités et d'établissements (e.g. les communautés C.U.E.), d'où les écoles seraient "exclues ou vassalisées" malgré leur production de 30% des diplômés au grade Master. Ainsi, après des critiques par certaines grandes écoles sur ces communautés jugées peu utiles ou trop attachées à une structuration géographique à la pertinence discutable, on est passé, lors de la mise en oeuvre de cette loi, aux craintes de sous- ou non-représentation des écoles dans ces instances. A la suite de ce 7 novembre, la CDEFI incite les écoles à participer aux groupements sous forme de C.U.E. car "ne pas participer [...] présente [...] le risque de se voir imposer un volet commun du contrat quinquennal contre son gré".

Le débat s'est donc déplacé de l'utilité et l'efficacité des groupements voulus par la loi vers la pertinence d'en être. Pourtant, le Président de la CGE disait le 28 juin qu'il "ne serait pas judi­cieux de miser sur un rap­pro­che­ment [entre Universités et écoles] autre que partenarial" et que beaucoup existait déjà sur le terrain. Ces C.U.E. seraient donc un avatar de rapprochement partenarial dont il faut être et en bonne position ? On peut parfois en douter, à voir par exemple la préfiguration de la C.U.E. Bourgogne Franche-Comté et l'élaboration de rapprochements entre universités. D'ailleurs, faire une place aux écoles d'ingénieurs dans les C.U.E. est d'autant plus subtil que certaines des écoles sont des composantes des Universités, quand d'autres ne le sont pas. Dans certaines communautés, des écoles externes seraient représentées au même rang que des Universités, ces dernières représentant leurs écoles internes composantes.

Des écoles malaimées ou trop passives ?

Le Président de la CGE déplorait récemment un certain désamour à l'encontre des grandes écoles. Il est vrai que, souvent, les institutions représentant les écoles adhérentes sont dans la défense de l'existant face à des remises en cause de moyens ou de statuts. Le débat sur les boursiers en grandes écoles, avec notamment les échanges entre R. Descoings de Sciences Po Paris et P. Tapie de la CGE, montraient déjà combien une attitude pionnière avait donné un avantage d'image décisif à Sciences Po Paris, pourtant guère moins élitiste, face à des écoles arcboutées à la fois sur un concours unique et sur des soutiens alibis de type "une école pourquoi pas moi ?". Tandis que Sciences Po avait su prendre les devants en diversifiant son recrutement et bénéficier d'une empathie forte de la part notamment des médias. Le débat sur les Masters d'ingénierie et les écoles d'ingénieurs est une autre situation que les représentants des écoles ont abordé par la défensive. Et que dire du devenir de la taxe d'apprentissage ! La CGE avait voulu contribuer à la Présidentielle 2012 en interpellant les candidats. Mais cette contribution n'était-elle pas une injonction faite aux institutions au lieu d'agir soi-même ?

"Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays." disait J.F. Kennedy en 1961. Les grandes écoles voudraient être aimées ? Quels chantiers pionniers proposent-elles qui pourraient leur donner de l'avance, leur gagner l'empathie, voire leur apporter l'amour ? Les instances représentant les écoles pourraient alors devenir un moteur ou modèle de réformes au lieu d'être dans un rôle de défense ou de modération vis-à-vis d'évolutions non souhaitées.

16 décembre 2013

arnaud delebarre

Notes explicatives : La Loi LRU du 10 août 2007 prévoit qu'il existe en France deux conférences représentatives et consultatives en matière d'enseignement supérieur et de recherche: la Conférence des Directeurs des Ecoles Françaises d'Ingénieurs (CDEFI) et la Conférence des Présidents d'Universités (CPU). La Conférence des Directeurs des Ecoles Françaises d'Ingénieurs (CDEFI) est une association représentant les directeurs des établissements publics et privés, ou composantes d'établissements, habilités par la Commission des Titres d'ingénieur (CTI) à délivrer le titre d'ingénieur diplômé. La Conférence des Grandes Ecoles (CGE) agit au nom d'écoles de management et écoles d'ingénieurs qui peuvent y adhérer sous réserve d'être acceptées.

Tag(s) : #Ingénieurs, #Universités, #CGE, #CDEFI, #Audace, #Innovation

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