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Un docteur est-il un (bon) chercheur ?

Dans son papier "De l’insertion professionnelle des doctorants dans le secteur privé", Gaïa Universitas demandait si (1) un ingénieur est un chercheur et (2) pourquoi est-ce utile d'investir dans la R&D. Ces deux questions alimentant un débat sur l'insertion des doctorants et docteurs et s'appuyant sur un rapport affirmant que le secteur privé sous-investit dans la R&D et que la R&D est confiée aux ingénieurs.

Quels diplômes et compétences pour faire de la R&D ?

Le billet affirme que les "ingénieurs à la française" sont de plus en plus "inaptes à réagir à des situations de R&D". Mais le doctorant et le docteur sont-ils formés à la R&D et de manière satisfaisante ? Un docteur est-il un chercheur ? J'ai encadré des doctorants à l'international qui n'ont pas exercé, volontairement et sciemment, de fonction en R&D. Leur employabilité n'était pas limitée à la R&D parce qu'ils avaient un PhD. Je me souviens (un peu) d'argumentaires (anciens) développés par IFP Energies Nouvelles, Air Liquide, USINOR et L'Oréal énumérant les qualités d'un docteur motivant leur recrutement. De mémoire, ces entreprises citaient des qualités d'animation de projet, d'organisation, d'autonomie, de connaissances de l'international, de ténacité et éventuellement, mais pas prioritairement, une connaissance technique marquée dans un domaine donné. Les entreprises qui recruteraient un chercheur, regardent-elles prioritairement son diplôme d'ingénieur ou de doctorat ou bien d'autres qualités et compétences hors diplôme ? Faut-il des docteurs pour faire de la R&D et de l'innovation ?

Quels métiers pour les docteurs ?

Certains doctorants sont des exécutants d'expérimentations et pas nécessairement doués d'esprit d'innovation. Par ailleurs, de plus en plus d'ingénieurs enchaînent avec des doctorats, notamment parce que le PhD est un diplôme reconnu à l'international. Dans quelques écoles "généralistes" le pourcentage monte à 15-20 % et dans d'autres, par exemple en physique et chimie, les ingénieurs qui ajoutent un doctorat sont autour de 70%. Ces diplômés sont-ils plus ingénieurs que docteurs ou l'inverse ? Si Gaïa Universitas affirme que la R&D privée sous-investit, parfois par optimisation fiscale, et qu'elle est confiée à des ingénieurs mal formés à la R&D, j'ajouterai à ses affirmations, quelques questionnements : l'Université forme-t-elle judicieusement ses doctorants et pour quels métiers une fois docteurs ? Notamment, les forme-t-elle à la R&D ? Le doctorat notamment français est-il professionnalisant ? Les docteurs font-ils de bons chercheurs ?

To PhD or not PhD

La photo illustrant ce papier est empruntée au Guardian (12 septembre 2012) et à son article "Is a PhD the right option for you?" qui décrit notamment sa non-nécessité pour beaucoup d'emplois, sa faible rentabilité en termes de revenus et la dure condition du doctorant. Peter Thiel affirme qu'"il faut arrêter de faire des études par automatisme, s'interroger sur leur but. Les études sont devenues une façon d'éviter de se demander ce qu'on veut faire. Sa fondation a créé une bourse de 100 000 dollars à destination de vingt jeunes portés par un projet intéressants, des jeunes qui s’engageront à ne pas aller à l’université pendant deux ans afin de se consacrer pleinement à leur projet. Pour augmenter leur employabilité mais pas leur diplômation !

20 novembre 2013

arnaud delebarre

Ajout du 21 novembre. Gaïa Universitas m'ayant tweeté une injonction à répondre aux deux questions liminaires, j'y consens bien volontiers.

Premièrement, mon papier dit clairement que les compétences pour exercer des fonctions de R&D ne sont pas nécessairement celles acquises par un docteur, et inversement des non-docteurs peuvent être compétents pour exercer des activités de R&D. Le recrutement des entreprises ne correspond peut-être pas aux souhaits universitaires et des docteurs, mais les entreprises pensent que certains ingénieurs ont les compétences qu'elles recherchent pour leurs activités de R&D. Comme le dit le rapport de Mohamed Harfi cité par Gaïa Universitas, "Les docteurs en entreprise occupent principalement des métiers hors recherche. Ce constat témoigne de la diversité des métiers exercés par les docteurs recrutés, avec de plus en plus d’emplois dans le privé". Et plus loin : "[...], les données des enquêtes du Céreq montraient une tendance à la hausse de la part du secteur privé."

Deuxièmement, l'innovation comme source de création d'activité est un argument effectivement partagé par le secteur privé : l'INSEE a publié le 18 décembre 2012 une fiche sur les investissements en R&D en France qui termine son analyse par "la part des entreprises dans les dépenses de R&D augmente de trois points sur les vingt dernières années, passant de 60 % dans les années 90 à 63 % en 2011. Son niveau est légèrement supérieur à la répartition des dépenses R&D entre public et privé dans l'UE-27 (61 %)".

Pour finir, le rapport de Mohamed Harfi semble supposer dans ses recommandations que le placement des docteurs devrait se faire en R&D. Il écrit "En France, la croissance des effectifs de chercheurs observée ces dernières années n’a pas bénéficié de manière significative aux recrutements des docteurs". Le titre de mon papier est un élément de réponse.

Tag(s) : #Education, #Universités, #Ingénieurs, #Innovation, #Doctorat, #Entreprise

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